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Critiques polar

Micmac à Bucarest

Alors que je referme cet écrit de Sylvain Audet, je me surprends à aller fouiller internet pour connaître un peu plus (ce qui ne va pas être bien dur) la contrée roumaine qu’est Bucarest.
Je vous laisse là le résumé de cet ouvrage court, mais fort sympathique :
Né en Roumanie de père inconnu pendant le communisme, Arthur qui a passé toute sa vie en France habite depuis deux ans à Bucarest. Il y file le parfait amour avec Iulia.
Alors que le jeune homme se prépare, non sans quelque difficulté, à devenir père, il connaît toute une série de déboires. Accusé tout d’abord d’avoir commis plusieurs assassinats, il peine à prouver son innocence. Tandis que la découverte d’une curieuse note rédigée par sa mère quelques mois après sa naissance l’oblige à se confronter au mystère de ses origines.
Qui était son géniteur ? Qui est celle ou celui qui cherche à lui faire porter le chapeau de tous ces crimes ? Ces deux affaires-là ont-elles un lien entre elles ?
Dans tous les cas, cette double enquête, dont Arthur se serait bien passé, le contraint à se plonger dans une des périodes les plus troubles de l’histoire de sa mère, mais également de la Roumanie. Il doit avancer à tâtons dans un labyrinthe aux impasses et aux embûches innombrables et surtout, devoir faire équipe avec une bande de détectives amateurs particulièrement loufoques.
Sylvain Audet-Găinar est né en 1980 et a fait des études de Lettres à Lyon, à Strasbourg et à Bucarest. Fasciné par la Roumanie, il y a vécu et enseigné le français pendant de longues années. Après avoir traduit plusieurs polars roumains, il a fini par se lancer dans l’écriture de ses propres romans. Son premier ouvrage a paru en 2020 sous le titre Du Rififi à Bucarest.

Qu’est-ce qu’il a de particulier ce livre ? D’abord, il est drôle. L’auteur vacille toujours entre le langage courant et le langage familier pour nous dépeindre le franc-parler de ses personnages hauts en couleur. Des situations rocambolesques voient le jour au fur et à mesure qu’on lève le voile sur l’intrigue à double tranchant : la partie où l’on suit Arthur en quête de son père et celle où on cherche à savoir qui lui en veut au point de le faire plonger dans une sinistre cumulation de meurtres divers. Le ton et l’humour noir de l’auteur m’ont souvent fait sourire, on plonge dans un univers croustillant mais surtout incisif dans lequel le suspens n’est pourtant pas laissé de côté, en voilà une idée originale !

Pourquoi du suspens ? Parce que tout du long, la plume nous guide au travers une série de meurtres dont Arthur va être suspect. L’homme qui tombe à pic n’est pas vraiment son nom, et il serait plus adéquate de parler de l’homme qui tombe toujours mal. Souvent au mauvais endroit au mauvais moment, on se rend compte assez vite en tant que lecteur que, finalement, il est en proie à une vieille rancune de famille. On fait, par son biais, la connaissance d’un groupe « de vieux » fort sympathiques et pleins d’entrain qui vont tenter de le dépatouiller de ce fourbis avec l’âme d’enquêteurs que l’auteur leur prête. Du coup, là encore, l’écrivain ne manque pas d’humour et d’imagination pour nous offrir un panel de caractères différents pour une troupe marginale d’inspecteurs amateurs.

Mais finalement, qui est Arthur ? Cet homme qui ne connaît pas son père et a du mal à se reconnaître au sein d’une famille qu’il sait incomplète. Il est bien évidemment en quête de remplir cette lacune pour pouvoir expliquer à ses futurs enfants qui il est. Le premier, étant déjà âgé de huit ans, se trouve être un vrai petit lascar à la langue bien pendue et au langage acéré. Ce jeune garçon en soif d’apprendre n’est pas étranger à la technologie berçant ses années de vie et fait des vidéos Youtube pour vulgariser des contes et légendes anciennes. J’ai été quelque peu désarçonnée, mais amusée par sa façon de s’exprimer, elle reste juvénile tout en donnant une logique et une façon de penser d’un vrai jeune homme. Cet amalgame est bien pensé, surtout bien mené et laisse apercevoir à travers ce jeune les différents aspects d’une jeunesse qui s’intéresse un peu à tout, y compris « aux problèmes d’adultes » sans se départir des amusements de son âge.
Arthur va être de nouveau papa, de jumeaux cette fois-ci. C’est d’ailleurs quand nous apprenons cette nouvelle que l’histoire en elle-même s’enchaîne, comme si le « nouveau souffle » de ce parent nous entraînait dans une aventure tout autre que celle de la parentalité. Nous entamons donc notre voyage entre la France et la Roumanie, bercés entre passé et présent.

Du coup ce livre, il nous invite au voyage qu’il soit historique (via les notes de l’auteur), géographique ou encore généalogique. À travers le spectre des générations qu’Arthur connaît très mal, nous avons là un panel d’histoire conté sous diverses narrations. Tantôt à la première personne (Arthur lui-même) tantôt via rapports entre diverses forces armées ou encore des lettres. C’est là qu’on voit que l’auteur ne manque pas de ressources pour donner des informations tranchées sur la vie de son personnage, et c’est un réel plaisir de voir ce mélange relativement bien ficelé, même si pour ma part, il y a quelques longueurs dans les échanges de rapports.

Vous l’aurez donc compris, j’ai passé un bon moment de lecture devant les lignes de Sylvain Audet et j’en remercie la maison d’édition Ex Aequo qui m’a fait découvrir sa plume originale et pleine de fraîcheur. Entre humour décalé, anecdotes et histoire prenante, nous avons là un livre qui n’a de petit que sa taille. J’ai beaucoup accroché à la plume, et l’originalité de l’intrigue ne m’a pas laissée de marbre. La façon enjouée de détourner des crimes en situations rocambolesques m’a laissé un p’tit goût de reviens-y en bouche. Je relirai sans doute du Sylvain Audet quand ma PAL aura désenflé 😀

N’hésitez pas à jeter un œil à l’entrée en matière du livre qui est assez surprenante ! 🙂

Bonnes lectures !

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