Treize semaines

Hé hé, ça fait une paye que je ne suis pas venue vous parler bouquin, hein ? Ça vous manquait, j’en suis sure, alors voilà… Un retour en fanfare avec de l’inattendu !

Ouep, pour fêter la fin de ma léthargie littéraire et la reprise de la lecture (les livres ne me font plus peur, ça y est…), je me suis tapé un délire anthropologique hors norme. Je sais que beaucoup vont sourire sinon rire en lisant les prochaines lignes, et pourtant…

La cible de mon « étude » ? Secret story ! Je vous avais prévenus ! Finissez de cracher votre café, de vous étouffer avec le grain de riz… et accrochez vos ceintures, je vous explique !

Il y a quelques mois, on est tombés sur le programme avec mon homme. Il connaissait le concept, mais n’avait jamais regardé l’émission, et, comme toute personne de cette génération, avec un peu de honte peut-être, je me souviens d’avoir vu une ou deux saisons. Ma première réflexion ? Purée, à l’époque, c’était plus trash, sex and fun, avec des embrouilles dégueulasses et des dialogues bien débiles, hauts en couleur. Une grosse suspicion de montage, mais sans conviction, à ce moment-là en tout cas, et puis honnêtement, je m’en foutais… je scrutais le truc et me moquais sans complexe de mes congénères que je pensais assez idiots pour aller se faire enfermer volontairement pendant plusieurs semaines…

Par comparaison, on s’est donc penchés sur les premières générations de l’émission, pour voir l’évolution des mentalités… Bah oui, le « c’était mieux avant », pourquoi pas, mais quand on a l’occasion d’aller le vérifier, c’est encore plus chouette. Alors voilà, nous sommes partis dans notre visionnage un peu particulier (pas de jugement, toi, derrière ton écran, je suis sure que tu l’as regardé aussi, à un moment donné).

C’est vrai, quand on y pense, quoi de plus représentatif d’une époque que ses émissions de grande audience et sa jeunesse ? Alors quand on assiste à cette production, on a les deux ! Bref, je vous avais parlé d’anthropologie ?

Tout ça pour dire que, après une comparaison de l’esprit des jeunes concernés, une comparaison des générations et de leurs attentes, une comparaison du message que souhaite transmettre la production… on a trouvé un bouquin, et quel bouquin ! (oui oui, ça y est, j’y viens!)

Treize semaines, de Morgane Enselme. Ce petit opus de quelque 250 pages nous plonge dans les coulisses d’un univers fort particulier : celui de la téléréalité, celui de Secret story. Après un temps de latence (pour ne pas dire « la fin de son contrat de confidentialité »), elle sort un ouvrage dans lequel le sordide est décrit : la manipulation, les dents longues, la maltraitance, l’appât du gain, les histoires d’amour, de haine… Bref, tout.

Alors si beaucoup d’anecdotes semblent un peu creuses ou prévisibles, le fait qu’elles renvoient à une histoire vraie, à du vécu, fait froid dans le dos. Manque d’hygiène, complots en tout genre, retournement de situations pour faire « rêver » la ménagère de moins de 50 ans… Tous les ingrédients sont là, mais au détriment des candidats.


Encore une fois, je n’avais pas trop de doutes sur les tenants et les aboutissants de ce genre de programme, mais de le lire, de peser chaque mot, chaque description, m’a un chouïa révoltée et m’a fait me confronter à moi-même, parce que si on regarde cette émission, même si c’est pour se moquer, par curiosité ou tout autre excuse… alors qu’on sait de quoi il en retourne, c’est cautionner, d’une certaine façon. Et s’il y a quelque chose que je ne cautionne pas, c’est la souffrance, qu’elle soit physique ou morale, alors qu’ici, on en a les deux aspects. Comme le dit l’autrice, on allait « découvrir que ce type d’enfermement laisse des traces. Si la sortie physique de Secret story se fait en trois secondes, psychologiquement, j’ai mis beaucoup plus de temps à m’en extraire. Pendant des mois, je n’arrivais plus à m’endormir sans somnifère parce que j’avais des flash-back du jeu… ». On apprend qu’en France, « nous en sommes à au moins douze morts liées à la téléréalité », qu’il y a eu « une tentative d’enlèvement de Maija, candidate de la saison 3, racontée [plus en détail] par Jean-Claude Elfassi dans le livre Secret story 3, écrit en collaboration avec huit candidats de cette saison ».


En Espagne, il a carrément été question de viol, caché au public avec expulsion du candidat et offre de « repos » à la jeune fille qui réintégrera la maison sous quelques jours… Alors, on est dans le sale, là, ou pas ?

L’écriture quant à elle est agréable : simple et fluide, accessible à tous. Ce livre se lit vite et bien (bon, vous voyez l’idée…). Morgane a fait la Sorbonne, a étudié le droit et le journalisme avant d’aller s’installer à Los Angeles où elle se penche sur une volonté ferme d’écriture de scénarios pour films et séries TV (et pourquoi as une adaptation de son livre en film, pour toucher un plus large public…), et vous savez quoi ? Je lui souhaite sincèrement d’y arriver !

Vous l’aurez compris, cette lecture, même si je n’y ai pas tant fait que ça de découvertes, même si l’autrice insiste bien sur le fait que cet ouvrage relate les faits avec sa vision et son interprétation, elle m’a secouée, parce que merde, on n’est pas dans un film !

Si Armelle Carbonel m’avait fait rêver avec son Criminal loft que j’avais trouvé exceptionnel, on savait que c’était de la fiction. Comme quoi…

2 réponses sur « Treize semaines »

Whaouh !
Quelle chronique, Véro 👏🏻👏🏻👏🏻 pour ce retour de lecture ou quasi.
Excellente.
Je savais ce monde dégueulasse mais à chaque fois on lit ou on voit pire.

Eh oui, mais disons que j’aime bien aussi, quelque part, avoir la capacité de me voiler la face de temps en temps… Pleine de dichotomies, ma foi, car ça ne m’empêchera pas de lire d’autres histoires macabres, en priant pour qu’elles ne restent que des histoires 😉

Laisser un commentaire