Une histoire déjà vue, et pourtant, Mathieu Bertrand nous envoie de manière intelligente dans les tréfonds de la vengeance…

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Critiques thriller

Je pleurerai plus tard

J’espère que vous avez été sage. Comme le père noël, je vous propose un cadeau : le résumé du récit de Mathieu Bertrand ! 🙂

Au cœur d’une petite ville de province, Patrice Lorenzi mène une vie rangée entre des semaines en déplacements professionnels et des week-ends en famille. Le jour où son enfant disparaît, ses certitudes sur la réelle valeur de l’existence s’envolent alors que sa vie de fonctionnaire modèle bascule dans l’horreur. Une parole donnée et l’étrange proposition d’un inconnu aux allures de mercenaire vont l’entraîner dans un cauchemar dicté par la haine et animé par la vengeance. Le compte à rebours de son destin, désormais réglé sur huit semaines, ne lui laissera que le répit nécessaire à un seul et unique objectif : devenir un assassin.

Est-ce que quelque chose me pose problème ici ? Oui. Je vis dans cette petite ville de province et, en tant que tout chauvin qui se respecte, NON ce n’est pas une « petite ville » 😀
Sinon, que dire ?

Que donne l’intrigue de Mathieu Bertrand ?

En ouvrant le livre, je me suis dit que j’étais tombée sur un énième livre de vengeance. Ce n’est pas complètement faux, me direz-vous, mais pas que. Ici, il est question de vengeance, mais aussi de remise en question, de prise de conscience, de retrouvailles entre les membres d’une famille particulière… De plein de choses à vrai dire.

En une fraction de seconde, Mathieu Bertrand fait passer son protagoniste de bon petit père de famille à la vie quasi monotone à un homme plein de ressources qui va être dépassé par les événements. De fait, on assiste à un retournement de situation déchirant. Ce dernier va déchirer sa vie, son quotidien, sa famille, et lui-même, bien sûr. Nous avons là une course contre la montre plutôt bien menée avec des réflexions auxquelles on a aucun mal à s’identifier.

L’histoire se déroule sur quelques semaines à peine. Cela semble court, mais c’est un laps de temps qui suffit à faire basculer une vie, voire plusieurs. Du coup…

Les personnages

Vous l’aurez compris, on va surtout suivre Patrice Lorenzi. Alors quand je dis suivre, attention, c’est de près. Pourquoi ? Parce que la narration est faite à travers lui. Il s’agit d’un récit à la première personne qui nous projette immédiatement dans le récit. N’avais-je pas dit un peu plus haut qu’il n’était pas si compliqué de s’identifier aux réflexions ? Sachez-le, dans cette histoire, je ne suis pas sûre que je m’y serais prise autrement que cet homme aux portes du désarroi.

Mathieu Bertrand va mettre son personnage au centre de plusieurs intrigues « secondaires » dont les liens vont se faire petit à petit tout au long du récit. Cependant, la narration principale sert tout simplement à comprendre comment les huit dernières semaines de la vie d’un directeur des services pénitentiaires peut se retrouver… derrière les barreaux. Non, non, croyez-moi, je ne vous spoile rien : tout est dans le prologue !

Donc, ça commence par la fin ?

Parlons donc de la construction du récit

En effet, ce dernier commence par la fin. On apprend donc très vite que Patrice n’est plus l’employé remarquable et l’homme sans histoire qu’il était auparavant. Un élément déclencheur qui a mis en péril sa famille vient détruire son présent et marquer son avenir au fer rouge. Ce monologue de 315 pages nous entraîne dans un tourbillon de faux-rebonds. Entre recherches infructueuses, inquiétudes diverses, arrivée de nouveaux personnages… La toile d’araignée est bien présente.

Dès le début, pas mal de questions se posent. La première, bien évidemment, est-il bien de se faire justice soi-même ? Est-ce que cette justice peut ramener la paix et faire partir la douleur ? Enfin, est-ce que la justice suffit pour retrouver son calme, son soi ? Ici, Patrice montre avec véhémence à quel point une simple promesse peut suffire à faire vriller une personne. Et cette personne en l’occurrence, c’est lui-même.

Nous avons donc un enchevêtrement très bien mené qui fait faire des allers-retours au lecteur dans la logique et les questionnements. Ce n’est pas rien, on se laisse prendre au jeu rapidement. Un choix cornélien qui ne laisserait personne indifférent : se faire justice ou attendre que celle-ci soit rendue ?

Et l’écriture de Mathieu Bertrand, on en parle ?

Alors voilà, pour ma part en tout cas, j’ai été agréablement surprise. Cette écriture, elle est simple, vraiment. Il n’y a pas de phrases alambiquées, pas de mots à 36 syllabes, pas de fioritures… Bref, il n’y a pas d’accroc. Certes, elle est simple, mais elle est aussi dynamique et ancrée de façon moderne dans le style du thriller. Les phrases sont courtes, les chapitres aussi (avec une quinzaine de pages en moyenne), tout est fluide et relativement percutant.

On sent à travers ses mots et les quelques anecdotes que Mathieu Bertrand connaît le thème qu’il aborde. En nous disséminant ici et là quelques expressions ou quelques contextes, il nous plonge dans le milieu carcéral tel que nous ne l’avons que rarement pénétré. Vous l’aurez compris, j’ai trouvé l’écriture agréable, sans surplus, et bien adapté au genre.

Et pour conclure ?

Bah ma foi, on ne va pas se mentir, ce n’est pas un coup de cœur. En revanche, c’est un écrit intéressant, très bien mené et qui en a sous le pied. Une intrigue ficelée qui amène des réponses pas si évidentes. Bref, un petit récit qui prend de la grandeur au fil des pages, et s’intensifie au fil de nos questionnements.

Un livre sur lequel je ne me serais pas forcément retournée si M+ éditions ne m’avait pas proposé de le découvrir, et je les en remercie. Je n’ai aucun regret vis à vis de cette lecture fort agréable qui nous prend au jeu rapidement et va de surprise en surprise. Un livre que je conseille sincèrement à ceux qui aiment les histoires de « prison psychologique », voire de prison tout court 😉

Bref, un très bon moment de lecture ! 🙂

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